Retour sur 10 années d’entrepreneuriat avec Stéphanie de Créer etc.

(Article publié initialement sur Facebook en avril 2018)

Addict de scrapbooking de 2005 à 2015, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de découvrir le travail de Stéphanie Leschiera et son amour pour l’écriture. A l’époque, j’étais admirative des souvenirs que pouvaient laisser ces phrases sur une page ou un album mais je n’étais absolument pas prête à autant parler de moi et de mes émotions.

J’ai de nouveau croisé Stéphanie il y a quelques mois à l’occasion d’une recherche sur le bullet journal. Inscrite à sa newsletter par curiosité, je ne pensais pas pouvoir recevoir autant d’inspiration au travers de simples mails. Mais maintenant que j’ai eu la chance de partager plus d’une heure et demie avec elle pour cette première “Discussion avec..”, je comprends mieux d’où viennent cette créativité et ce bien-être que je retrouve dans chaque message.

Entrepreneuse en mouvement perpétuel, Stéphanie propose actuellement des ateliers en ligne qui favorisent le développement personnel par l’écriture de journaux d’expression personnelle.

A 9 heures, j’en suis à peine à mon petit déjeuner.

J’avais proposé à Stéphanie un rendez-vous téléphonique en début de matinée. Sa réponse par mail m’obligea à la contacter en début d’après-midi : “J’ose t’avouer que 9h c’est un peu tôt pour moi. Je me réveille tôt mais à 9h j’en suis à peine à mon petit déjeuner (que je prends en dernier dans ma routine matinale). Mes matinées c’est mon luxe à moi.”

C’est donc à 14h que commença notre discussion.

Stéphanie, pour moi, tu fais partie de ces femmes qui n’abandonnent pas leur envie d’entreprendre et ce même si l’idée est vague au début, même si les aléas de la vie diminuent le temps disponible. As-tu toujours su que tu arriverais là où tu en es aujourd’hui ?

Je n’avais pas du tout imaginé en être là où j’en suis aujourd’hui. Quand j’ai quitté l’éducation nationale, je ne savais pas du tout ce que j’allais faire. Mon projet est né par tâtonnements. Un peu comme un scientifique avance dans ses expériences, j’ai expérimenté des choses. J’animais des ateliers de scrapbooking pour une boutique et cela me plaisait bien. Du coup j’ai décidé de le faire à mon compte. C’est ainsi que j’ai commencé l’aventure. Je n’avais aucune idée de ce qu’était une entreprise. C’était il y a 10 ans.

Que s’est-il passé durant ces 10 années ?

J’ai avancé par étape :

Au début, j’avais juste un blog sur Overblog. J’étais auto-entrepreneure mais je n’étais pas dans un esprit de professionnalisation. Du coup, j’avais du mal à gagner de l’argent. En fait, j’étais encore dans le camp des amateurs qui donnent des ateliers comme ça de temps en temps. Et puis, j’ai eu un déclic psychologique et j’ai décidé de passer dans le camp des pro. A un moment j’ai été prête à me dire : ça va être une entreprise, ça va être un vrai travail, ça va être professionnel surtout. C’est à ce moment là qu’est né “Créer etc”.

Mais je ne me suis pas donnée tout de suite tous les moyens. Je n’étais pas encore complètement prête à prendre le risque. J’avais commencé un travail d’assistante maternelle et du coup c’était difficile pour moi de consacrer beaucoup de temps à “Créer etc”. La deuxième étape a donc été de dire OK, j’arrête assistante maternelle et je ne prends plus de travail salarié, c’est fini. Ayant une petite réserve d’argent, j’aurais pu financièrement prendre cette décision avant mais c’était sans compter sur quelques barrières psychologiques que j’ai du faire tomber peu à peu.

A un moment, j’ai été prête à me dire : ça va être une entreprise.

La troisième étape vers la professionnalisation, je suis en train de la vivre en ce moment. J’ai décidé de confier mon site à une webmaster. Jusqu’à maintenant je faisais pas mal de bidouillage. Ma boutique date de l’époque de mes ateliers de scrapbooking, elle n’a donc pas le même visuel que le site. Grâce à cette webmaster, je vais pouvoir héberger mes ateliers en ligne sur le nouveau site et non plus sur Facebook comme actuellement.  

Dans une de tes newsletter de novembre 2017, tu confies à tes abonnés : “J’ai suivi beaucoup de formations (…) Elles m’ont appris la régularité dans le travail, l’anti-procrastination, la communication, le marketing, la vente, l’utilisation des réseaux sociaux, la méthodologie de projets, mais aussi à être complètement moi dans mes ateliers, à ne pas essayer de faire “comme untel”, à être vraie.” Est-ce que ça a été difficile pour toi d’être toi ?  

Au début, ça a été compliqué parce qu’en même temps que je construisais mon entreprise, je me reconstruisais, moi aussi. C’était une quête personnelle qui a pris du temps. C’est donc venu progressivement. Je n’avais pas une vision très claire de ce que je voulais apporter aux personnes et aussi de ce que j’avais vraiment envie de faire. Du coup j’ai eu besoin de m’appuyer sur d’autres personnes, sur des modèles, pour essayer de construire mon message. C’est une façon d’apprendre aussi. Je ne copiais pas vraiment . Mais je piochais des inspirations ici ou là pour me rassurer et construire mon message.

J’avais besoin de preuves.

Et puis j’ai vraiment commencé à travailler sur mon écriture du matin, mon intuition… et là, j’ai su vraiment ce qui était pour moi. J’avais besoin de preuves. Quand j’ai remarqué que les moments où j’étais moi m’apportaient de la réussite , j’ai osé sortir plus souvent de ma zone de confort. Cette confiance en moi s’est consolidée petit à petit et maintenant je n’ai plus besoin d’aller voir ce que font les autres, je suis mon chemin, simplement.  

Tes newsletters te permettent d’annoncer tes futurs ateliers mais le plus souvent tu parles de toi et de tes aventures créatives au travers de sujets aussi divers que “Le sac de Madou”, “Celle qui avait un clou dans sa chaussure” ou “Suivre ses envies et flâner le nez au vent..” Pour moi chacune d’elles reflètent l’authenticité que nous évoquions juste avant. Comment choisis-tu le thème de ces billets ?  

Au début de mon aventure entrepreneuriale, j’écrivais un article par semaine. J’avais suivi une formation avec la “Blog school” et la formatrice nous avait donné ce rythme type : un article par semaine. Elle nous avait conseillé de faire un calendrier éditorial. Mais ça n’a pas vraiment fonctionné pour moi. C’était plus une contrainte qu’autre chose. Je cherchais des idées de thèmes, d’articles, j’essayais de coller au modèle qu’on m’avait donné mais ce n’était pas fluide.  

Au printemps 2017, j’ai suivi une formation avec Lyvia Cairo. J’avais besoin d’apprendre à vendre. Au cours de cette formation j’ai appris que si je voulais vendre il fallait écrire tous les jours à ma communauté. Lyvia nous disait d’écrire ce que l’on voulait, ce qui nous venait. Cela me paraissait un peu bizarre. Mais c’est ce que j’ai décidé de faire. J’ai mis du temps à trouver mon rythme. J’ai réussi à écrire au quotidien à partir du mois d’août. Là je me suis dit, je lâche plus l’affaire, j’écris vraiment tous les jours. Par contre, en cours de route, j’ai complètement déconnecté mon écriture de la vente. J’écrivais ce qui me venait. Je n’avais pas de thème fixé à l’avance. Je ne voulais pas forcément apprendre quelque chose aux gens. J’avais une idée qui me venait comme ça dans la journée et le soir je me mettais devant mon ordi et je déroulais le fil.  

Mais cette écriture sans thématique m’a fait perdre le contact avec ma communauté. Elle ne correspondait pas à l’attente de certains membres car je m’éloignais des informations sur l’écriture, la créativité. Du coup j’ai décidé de transformer mes articles quotidiens en abonnement pour les gens qui avait envie de me lire. C’est comme ça que sont nées les “Chroniques sensibles”.  

Pour renouer contact avec ma communauté, j’envisage de réécrire pour elle tous les jours, peut-être en un peu moins long, mais tous les jours. Je vais recommencer à parler de ce que je fais, de ma créativité. Je vais aussi parler de ce qui se vit dans mes ateliers, de ce qu’ils apportent car même si j’aime proposer du contenu gratuit, le but c’est quand même d’avoir des acheteurs de ce que l’on propose.

Je ne savais pas fixer mes tarifs.

Quand je regarde autour de moi, j’ai l’impression que créativité et vente ne font pas toujours bon ménage. C’est comme si, en décidant de vendre, on vendait aussi une partie de notre âme.  

C’est ce que je pensais. J’avais beaucoup de blocages par rapport à l’argent, par rapport au fait d’être indépendante. La vente pour moi, c’était hyper compliqué. Je ne savais pas fixer mes tarifs. Ils étaient beaucoup trop bas. Aujourd’hui je pense que je pourrais encore les augmenter, mais j’y vais par paliers. Tout ça c’est un apprentissage. Il y a des diplômes de vente, de marketing, ça ne s’improvise pas. C’est tout un travail à faire. C’est aussi une prise de conscience. C’est donner de la valeur à son travail. C’est éviter de le brader. Il y a certaines choses que je pouvais pas deviner par moi-même. Je les ai apprises, je les ai comprises. Comme par exemple le fait que mettre des prix bas, ça dévalorise notre travail, que le client est plus engagé dans ce qu’on propose quand ça lui demande un investissement financier. Une fois qu’on a compris ça, c’est beaucoup plus facile de vendre.   Il est aussi important de se poser la question de ce que l’on apporte dans la vie des gens. Il est nécessaire de réfléchir au bénéfice que notre travail leur donne. Et c’est en étant pleinement soi-même que l’on fait quelque chose que personne d’autre ne pourra faire.

Tu rédiges donc actuellement au moins deux textes par jour en plus des ateliers que tu crées et que tu animes. Comment organises-tu ta journée pour être aussi productive ?  

Le matin, je commence par lire. J’ai compris que pour écrire, il faut nourrir son écriture et donc beaucoup lire.  C’est pourquoi je commence toujours ma matinée par une demi heure de lecture.   Ensuite j’attaque mes pages du matin. C’est un exercice inspiré du livre “Libérez Votre Créativité” de Julia Cameron. L’idée c’est d’écrire trois pages chaque matin où on lâche tout. Ce qui nous chatouille, ce qui nous gratouille, ce qui nous soucie. Je poursuis cette routine matinale par un exercice d’écriture. ça peut être un exercice du genre, j’écris ma journée idéale. Si je n’avais aucune limite, à quoi ressemblerait ma journée idéale ? ça peut être des débuts de phrase : “Je suis….”, “Aujourd’hui je suis….”. Ecrire au présent ce que je sens que je suis, maintenant. Je termine en écrivant des affirmations positives auxquelles je rajoute mon intention du jour.   Cette routine dure au total presque une heure et demie. C’est important pour moi de le faire tous les jours. J’organise ma journée en fonction de ça. C’est mon grand luxe. Comme je suis seule je peux m’organiser comme je veux. Pour moi c’est tellement précieux, que je le préserve le plus possible. J’arrive à le faire quotidiennement maintenant parce que ça me fait du bien, ça me fait évoluer. Je sens que quand je ne prends pas ce temps, j’ai un passage à vide, une perte de motivation, une baisse de moral etc… Cette routine, c’est comme un auto-coaching.

Marcher me facilite l’écriture.

Il y a un autre élément dans ma routine. C’est le contact avec la nature. Je sors en plein air au moins une fois par jour. J’ai choisi l’appartement où j’habite pour être toute proche des chemins de randonnées. Les sorties en plein air nourrissent ma créativité. J’y vais avec mes idées, j’essaie de faire quelques pas en pleine conscience, d’être vraiment à l’écoute de la nature. C’est parfois compliqué à organiser quand je vois tout ce que j’ai à faire dans la journée. Mais je m’arrange toujours pour trouver du temps. Marcher, me facilite l’écriture : j’ai remarqué que je n’ai besoin que d’une demi-heure pour écrire un texte qui m’aurait demandé deux heures avant ma promenade. ça vaut vraiment le coup de s’aérer !

J’avais tenté les pages du matin de Julia Cameron il y a quelques années mais j’avoue : je n’ai pas persévéré. Par contre depuis quelques mois, je pratique le journal créatif d’Anne-Marie Jobin et grâce à lui, je me connecte beaucoup plus facilement à ma créativité. Je vais réfléchir à inscrire cette pratique dans une routine matinale.  

Il existe de nombreuses techniques qui permettent d’instaurer une routine créative. Ce peut être le journal créatif, les pages du matin, la méditation, le yoga. Il est important que la technique utilisée ait un lien avec le corps et un lien avec l’esprit. Pour mettre en place cette routine, il faut de la rigueur au départ. Comme pour tout apprentissage, il est nécessaire de s’imposer cette routine dans un premier temps. ça peut demander un effort au début, mais arrive ensuite le temps où on commence à récolter les fruits. C’est important de persévérer. D’accepter de ne pas être récompensé de suite. Il faut avoir la foi, croire aux fruits de nos efforts. C’est un peu la même histoire que pour le fait d’être soi dans notre entreprise. Il faut vraiment avoir la foi qu’à un moment, être soi ça va payer. On va trouver nos lecteurs, on va trouver nos clients mais ça prend du temps. Le temps de se faire connaître.  

Comment vois-tu la suite pour “Créer etc.” ?  

J’aimerais trouver plus de lecteurs pour mes Chroniques Sensibles. Je suis en train de les faire connaître un peu plus. J’ai aussi envie de travailler à long terme avec les personnes. Pour l’instant, mes ateliers durent un mois. Ça me plait beaucoup comme formule. Je n’en suis pas encore lassée donc je pense que j’en referai d’autres. Mais je viens de créer une formule d’abonnement où les gens pourront rester aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Dans cette formule, je propose tout ce que je sais faire.  

C’est une communauté d’écriture, que j’ai appelée “Le Labo de Créer etc.” pour les personnes qui ont envie d’intégrer l’écriture dans leur vie, comme moi je l’ai fait. L’écriture est devenu mon moyen de communication préférée. Elle fait vraiment partie de ma vie mais il y a encore deux ans ce n’était pas le cas. Avec cette offre, je veux aider les gens à intégrer l’écriture dans leur quotidien et à en faire un outil de bien-être majeur.

J’ai la particularité de lancer mon produit avant de l’avoir créé.

Je prévois ça pour le mois de mai (NB : 2018) car je sais que si j’attends trop, je vais passer à une autre idée. J’ai aussi la particularité de lancer le produit avant de l’avoir créer. Je connais sa structure, ; j’ai déjà des idées de sujets mais je crée les documents et les mails que j’envoie à la dernière minute. Cela me permet de m’adapter au plus près aux personnes qui suivent l’atelier. Et puis c’est ma façon de fonctionner, je ne sais pas préparer à l’avance. Par exemple, mes Chroniques Sensibles, je les écris la veille pour le lendemain. C’est à ce moment là que je suis dans ma zone d’excellence. Pendant longtemps je me suis battue contre ce truc de dernière minute. Je trouvais ça dingue, ça me rendait folle… Parce que c’est pas bien de faire comme ça… J’avais des idées reçues. Mais je me suis rendue compte que c’est que comme ça que j’arrive à être bonne. Mes clients sont au courant. Ils savent (ça ne m’est jamais arrivé pour l’instant) que peut-être un jour, j’aurai du retard dans mes publications. Je pense que c’est important d’accepter sa façon de travailler.  

Une de mes ambitions est aussi d’être publiée. C’est un des objectifs de mes Chroniques Sensibles : écrire, écrire, écrire… Au fur et à mesure que j’écris, mon style s’affine. J’écris beaucoup pour avoir de la matière et ensuite faire une sélection des textes qui ont le plus plu. J’envisage aussi de publier un livre à partir de mes ateliers d’écriture. Je pense que j’ai de quoi écrire un livre là dessus. Mais pour le moment je me concentre uniquement sur l’écriture et à un moment je saurais quel ouvrage me correspond et celui que je vais proposer à un éditeur.

Qu’est-ce qui fait de toi une Happy Créative ? (NB : Happy Créative est le nom que portait mon blog lors de cette interview)  

Je me sens une Happy créative parce que ma créativité me fait du bien. Elle m’apporte de la joie. Dans son livre Julia Cameron donne plusieurs affirmations à dire chaque jour et il y en a une qui est : “Ma créativité me guérit moi et les autres” . C’est ce que je ressens au fond de moi. Ma créativité me guérit. Elle fait du bien aux autres, à ceux qui sont à son contact. C’est ce qui me motive à la partager.  

Je suis une créative très heureuse. Il y a quelques temps, je devais me dire : Non, tu ne retourneras pas dans le salariat mais aujourd’hui, ce n’est plus nécessaire. Je sais que c’est dans l’entrepreneuriat que je m’épanouis. Ce que je pourrais rajouter, c’est que la créativité et l’entrepreneuriat m’apprennent aussi à mieux me connaître, à cultiver mon bonheur, mon bien être, à être de mieux en mieux dans mes baskets.  

Tu as envie de réagir à cet article, de poser une question à Stéphanie ou de nous partager ton expérience ? Tu es la bienvenue dans les commentaires juste en dessous 🙂.

Bien à toi,